jeudi 5 janvier 2012

Otis Preboist ou Paul Redding

Quand je descendis de la scène/estrade, il se dirigea vers moi et me serra la main en se présentant très sérieusement comme « Billy, artiste ». Je n’eus même pas le temps d’exprimer l’intensité de mon contentement qu’il grimpait sur la scène, claquait dans ses mains à l’attention de sa copine qui, se précipita pour lui apporter sa guitare. Il se brancha, tapota sur le micro et se mit à chanter : il me fit immédiatement penser à une sorte de Paul Préboist jeune qui se prendrait pour Otis Redding. Sitting on the dock of Saint-Nazaire quoi. Bon le massacre aurait pu s’arrêter là mais en plus, les paroles étaient en français. Que dire si ce n’est qu’il réussissait à placer SMS dans le texte de l’une de ses chansons et parvenait à faire rimer dans une autre les mots « amour » et « toujours ».
On sortit se soustraire aux élans poétiques de Billy et se fumer une clope par la même occasion. Je consultai ma montre : il était déjà 20h. Pourtant pas une des personnes que j’avais invitées n’était encore arrivé. C’est à ce moment que je vis Laurent et Arnaud, deux potes du Chaville Crew, tenter sans succès de passer la barrière patibulaire des vigiles de la flèche d’or.
-Eh les mecs ! » fis-je avec originalité.
Ils n’entendirent pas que je les appelai, d’une part parce que je n’ai pas trop la voix qui porte et aussi parce qu’ils étaient véritablement plongé en pleine discussions avec les mecs de la sécu. J’allais à leur rencontre et assistai à un bout de la conversation.
-Mais puisqu’on vous dit qu’on connaît le groupe qui joue !
-Quel groupe ?
-Mais Folks !
-Pas de Folks ici. Ce soir, c’est les West side niggaz.
Je parvins finalement à attirer l’attention d’Arnaud en lui tapotant sur l’épaule.
-Salut mec ! » s’exclama-t-il après s’être retourné. « Vous jouez pas là ?
-Salut Arnaud. Nan, juste à côté. Tu vois, c’est le bar au coin.
-Ah ok », fit-il visiblement déçu pour nous.
-Allez-y j’arrive tout de suite : je vais regarder à l’intérieur voir si les gens se sont pas plantés ».
A mon tour de me confronter à la montagne de chair portant un blouson « sécurité ».
-Bonjour », fis-je, puis comprenant que je pouvais attendre que mes dents tombent avant d’obtenir une réponse : « Je pourrais entrer ? C’est juste pour voir si des amis à moi se trouvent à l’intérieur.
Il me regarda des pieds à la tête puis lâcha :
-C’est complet.
Au même moment, son collègue laissait passer deux mecs sponsorisés par Tacchini.
-Et eux ?! », fis-je, révolté.
-C’est pas pareil.
-Pas pareil ? Ca veut dire quoi ?
-Bah ils peuvent rentrer.
-Mais si c’est complet ?!
-Bah c’est moins complet pour eux.
Comprenant que la rébellion ne risquait pas de porter ses fruits avec l’individu, je changeai radicalement de technique.
-Ca doit pas être facile tous les jours de faire la sécurité pour une salle comme ça.
-Pourquoi ça ?
-Je sais pas…on doit se sentir un peu seul nan ?
Bon ok, visiblement, je faisais fausse route : maintenant il me regardait comme si je lui avais proposé de lui faire une proposition salace. Je décidai de tenter le tout pour le tout.
-Putain mec, je te promets je rentre et aussitôt je sors, genre Flash Gordon. C’est juste que je fais un concert au Gambetta et…
-Au Gambetta ? » fit-il comme si j’avais enfin réussi à attirer son attention.
-Ouais au Gambetta.
-Ah, c’est cool ça ! Mon cousin est ingé là-bas.


(Pour écouter l'interview de Folks sur le mouv, vous pouvez allez )

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire