Ainsi installé, un autre mec prit ma guitare (je vous ai déjà parlé d’Excalibur ? Ah bon) et l’accorda à l’oreille. Il me la rendit et, sceptique, je vérifiai l’accordage. Bah il était parfait. J’étais un peu dégoûté parce que moi, même avec l’assistance technologique d’un accordeur, je n’arrive parfois pas à mes fins. On me demanda de jouer un peu de guitare, puis de chanter, puis de faire les deux ensemble, ce que dans ma grande mansuétude je consentis à faire.
- Bon, tu vas jouer ta chanson », me dit la dame au casque. « Je compte jusqu’à trois et tu démarres. »
Elle ne mentit pas, compta jusqu’à trois et je mis au boulot. Deux minutes trente plus tard, la dame me dit que c’était parfait. Elle ajouta que pendant l’émission elle ne serait pas là pour compter.
- Alors dès que Nagui a fini de te présenter et que les gens commencent à applaudir, tu pars. T’attends pas que les applaudissements s’arrêtent parce que ça peut durer une plombe. T’as compris ?
- Je crois, oui.
- Applaudissements, tu pars. Ok ?
- Ok.
- Ok. Bah si c’est bon pour toi, c’est bon pour nous.
Je redescendis les marches du destin et allai m’asseoir à côté de Christine et de Léo pour voir les balances des autres « découvertes ». D’ailleurs ce mot, « découvertes », était un peu trompeur me concernant vu que je n’étais pas de toute première fraîcheur. J’approchais dangereusement des rivages de la vieillesse : bientôt ce serait le grand saut, le grand inconnu, la nuit totale, la rencontre avec l’implacable faucheuse, je franchirai l’Achéron pour rejoindre l’Hadès sur le zodiaque de Charon… Bref, j’avais 31 ans. Le second groupe passa et c’était bien.
- Mama’s Mule ? C’est qui Mama’s Mule ?
Léo se leva en ne trahissant aucun signe de fébrilité. C’est aussi avec une assurance désarmante qu’il répondit « C’est nous ». Accompagné de son groupe, il grimpa les marches de l’escalier et commença à s’installer. Bon, ça mit un peu plus de temps qu’avec moi vu qu’ils étaient quatre mais au bout d’un moment ils furent en état de marche et après avoir compté jusqu’à trois, ils commencèrent à jouer. Au milieu de la chanson, je me tournai vers Christine :
- Ils assurent bien hein ?
- Oui, vraiment.
Ça groovait même un max aurait-pu dire le doubleur français d’Eddy Murphy. Et les zicos envoyaient du bois comme l’aurait écrit un internaute sur le forum de Zikinf. Le rappeur avait un sacré flow et la section rythmique était ajustée au millimètre. Quant à Léo, il pianotait avec dextérité comme s’il était en jogging dans son salon, se permettant même quelques petites figures, genre passement de bras.
Finalement, le Mama’s mule posse redescendit et Léo me demanda comment j’avais trouvé leur prestation. Je pris un air détaché et répondit « Ouais, c’était pas mal ». En fait j’étais dégoûté : tout seul avec guitare, j’allais pas vraiment faire le poids. J’avais un gros déficit au niveau du groove.
vendredi 27 janvier 2012
jeudi 26 janvier 2012
Taratata 4: Zombies in a Blue hotel
Léo nous fit entrer dans SA loge et nous présenta son crew : Jessy le batteur, Sylvain le bassiste et Mamad, le rappeur. Nous étions en train de nous adonner à un franc serrage de pognes lorsque Mika battit le rappel des troupes.
Nous ressortîmes donc de la piscine pour regagner le bâtiment principal en repassant par les cases crachin et vigiles. Avant de nous rendre sur le plateau, nous défilâmes devant la loge des artistes établis. Le souffle coupé, je fus contraint de m’arrêter.
- Y a Chris Isaak ?
- Oui, me répondit Christine. Je ne t’ai pas donné le déroulé de l’émission ? Il fait un duo avec Emilie Simon.
- Chris et Emilie ?, fis-je étonné. » J’avais le droit d’appeler les stars par leur prénom, j’avais une pancarte plastifiée sur la porte de ma loge. « Ils chantent quelle chanson ? »
- Blue hotel.
Blue mother fuckin hotel on a motherfuckin’ lonely highway ! J’adorais cette chanson. Bon d’accord, tout le monde adore cette chanson mais enfin quand même : passer juste après ! Ça me mettait une sacrée pression. J’avais beau aimer ma chanson (je suis généralement fan de moi), c’était quand même « Blue hotel » quoi.
Je me retournai vers Léo et lui demandai après qui il passait. Il m’adressa un regard noir et pointa du doigt une porte sur laquelle était inscrit « The Cranberries ».
- Putain ! Ils sont encore vivants eux ?
- Apparemment.
- « What’s in your head/In your head/ Zombie », commençai-je à fredonner sans penser à mal mais devant la tête que fit Léo je compris qu’il valait mieux que je m’arrête.
Mika poussa une porte qui débouchait sur un escalier aux marches en fer assez impressionnant. D’en haut on apercevait déjà le plateau, enfin la moitié vu qu’un grand rideau en cachait l’autre. Je sentis mon estomac se nouer : on n’avait pas affaire au studio d’une émission de Direct 8. Là, c’était the real thing. Partout des caisses sur roulettes, des câbles, des projecteurs, des instruments, des gens qui bougeaient dans tous les sens. La tête me tournait un peu. Je ne sais pas si vous avez regardé l’émission récemment mais le plateau a changé depuis quelque temps. Maintenant il y a un grand escalier au fond et les découvertes jouent en haut. Bref, j’eus soudain l’impression d’être au pied d’un temple maya sur l’hôtel duquel j’allais être sacrifié en l’honneur d’un dieu particulièrement cruel.
- C’est qui Folks ?
Une dame avec un casque réunissant oreillette et micro s’était approchée de nous.
- Euh c’est moi », fis-je tel un caniche un peu craintif qui aurait été doué de parole.
- Ok, salut. Tu vas faire la balance en premier vu que tu passes en dernier.
Si la logique de cette remarque m’échappait, je comprenais néanmoins qu’il ne s’agissait pas d’une bonne nouvelle. J’aurais préféré passer le plus tôt possible, rentrer chez moi, me mater un épisode de Thalassa sur France 3 Replay et aller me coucher en écoutant Rammstein pour me détendre. Mais non, je passais en dernier.
- Ça veut dire vers quelle heure à peu près ? » osai-je demander.
- Je sais pas, vers 23h15/23h30…
Ok. Petit calcul : 23h15 -10h ça nous donnait du 13h 15. 13h15 à tourner en rond comme un hamster dans sa cage. Ça sentait l’ulcère. Mais bon, je n’allais quand même pas me plaindre, c’était une sacrée chance et j’étais bien décidé à ne pas la laisser passer. Eye of the tiger style.
C’est aussi d’un pas franc que j’abordais l’ascension des marches de l’escalier aztèque. Une fois arrivé en haut, je me retournai, embrassai du regard la totalité du studio et sentis ma volonté défaillir. Ça n’allait pas le faire putain, c’était trop grand !
- Y a combien de personnes dans le public ? », demandai-je à un technicien qui très aimablement m’apportait un tabouret de bar pour que je puisse poser mon fessier d’amateur dessus.
- 250 environ.
25 fois mon public habituel quoi. Une progression un peu brutale. Il était clair que je n’étais plus à la MJC Pierre Bachelet de Chaville. En plus, généralement, lors de mes concerts je pouvais quasiment faire l’appel, vu qu’il y avait principalement mes potes. Les seuls visages familiers dans cette foule hostile seraient ceux de Christine et de Léo.
Je m’installai sur le tabouret et là je dois faire une mise au point. Je déteste jouer sur un tabouret de bar. Déjà dans une salle normale ça me fait flipper parce que j’ai toujours l’impression que je vais me viander mais là il fallait rajouter le dénivelé cliffhangerien de l’escalier. Aussi, lorsque le technicien me demanda si j’étais à l’aise je lui répondis « Je pourrais pas avoir une chaise normale ? » Très gentiment, il me proposa un siège de batterie, je lui répondis banco.
Nous ressortîmes donc de la piscine pour regagner le bâtiment principal en repassant par les cases crachin et vigiles. Avant de nous rendre sur le plateau, nous défilâmes devant la loge des artistes établis. Le souffle coupé, je fus contraint de m’arrêter.
- Y a Chris Isaak ?
- Oui, me répondit Christine. Je ne t’ai pas donné le déroulé de l’émission ? Il fait un duo avec Emilie Simon.
- Chris et Emilie ?, fis-je étonné. » J’avais le droit d’appeler les stars par leur prénom, j’avais une pancarte plastifiée sur la porte de ma loge. « Ils chantent quelle chanson ? »
- Blue hotel.
Blue mother fuckin hotel on a motherfuckin’ lonely highway ! J’adorais cette chanson. Bon d’accord, tout le monde adore cette chanson mais enfin quand même : passer juste après ! Ça me mettait une sacrée pression. J’avais beau aimer ma chanson (je suis généralement fan de moi), c’était quand même « Blue hotel » quoi.
Je me retournai vers Léo et lui demandai après qui il passait. Il m’adressa un regard noir et pointa du doigt une porte sur laquelle était inscrit « The Cranberries ».
- Putain ! Ils sont encore vivants eux ?
- Apparemment.
- « What’s in your head/In your head/ Zombie », commençai-je à fredonner sans penser à mal mais devant la tête que fit Léo je compris qu’il valait mieux que je m’arrête.
Mika poussa une porte qui débouchait sur un escalier aux marches en fer assez impressionnant. D’en haut on apercevait déjà le plateau, enfin la moitié vu qu’un grand rideau en cachait l’autre. Je sentis mon estomac se nouer : on n’avait pas affaire au studio d’une émission de Direct 8. Là, c’était the real thing. Partout des caisses sur roulettes, des câbles, des projecteurs, des instruments, des gens qui bougeaient dans tous les sens. La tête me tournait un peu. Je ne sais pas si vous avez regardé l’émission récemment mais le plateau a changé depuis quelque temps. Maintenant il y a un grand escalier au fond et les découvertes jouent en haut. Bref, j’eus soudain l’impression d’être au pied d’un temple maya sur l’hôtel duquel j’allais être sacrifié en l’honneur d’un dieu particulièrement cruel.
- C’est qui Folks ?
Une dame avec un casque réunissant oreillette et micro s’était approchée de nous.
- Euh c’est moi », fis-je tel un caniche un peu craintif qui aurait été doué de parole.
- Ok, salut. Tu vas faire la balance en premier vu que tu passes en dernier.
Si la logique de cette remarque m’échappait, je comprenais néanmoins qu’il ne s’agissait pas d’une bonne nouvelle. J’aurais préféré passer le plus tôt possible, rentrer chez moi, me mater un épisode de Thalassa sur France 3 Replay et aller me coucher en écoutant Rammstein pour me détendre. Mais non, je passais en dernier.
- Ça veut dire vers quelle heure à peu près ? » osai-je demander.
- Je sais pas, vers 23h15/23h30…
Ok. Petit calcul : 23h15 -10h ça nous donnait du 13h 15. 13h15 à tourner en rond comme un hamster dans sa cage. Ça sentait l’ulcère. Mais bon, je n’allais quand même pas me plaindre, c’était une sacrée chance et j’étais bien décidé à ne pas la laisser passer. Eye of the tiger style.
C’est aussi d’un pas franc que j’abordais l’ascension des marches de l’escalier aztèque. Une fois arrivé en haut, je me retournai, embrassai du regard la totalité du studio et sentis ma volonté défaillir. Ça n’allait pas le faire putain, c’était trop grand !
- Y a combien de personnes dans le public ? », demandai-je à un technicien qui très aimablement m’apportait un tabouret de bar pour que je puisse poser mon fessier d’amateur dessus.
- 250 environ.
25 fois mon public habituel quoi. Une progression un peu brutale. Il était clair que je n’étais plus à la MJC Pierre Bachelet de Chaville. En plus, généralement, lors de mes concerts je pouvais quasiment faire l’appel, vu qu’il y avait principalement mes potes. Les seuls visages familiers dans cette foule hostile seraient ceux de Christine et de Léo.
Je m’installai sur le tabouret et là je dois faire une mise au point. Je déteste jouer sur un tabouret de bar. Déjà dans une salle normale ça me fait flipper parce que j’ai toujours l’impression que je vais me viander mais là il fallait rajouter le dénivelé cliffhangerien de l’escalier. Aussi, lorsque le technicien me demanda si j’étais à l’aise je lui répondis « Je pourrais pas avoir une chaise normale ? » Très gentiment, il me proposa un siège de batterie, je lui répondis banco.
mercredi 25 janvier 2012
Taratata 3 : MA loge
Une sueur froide coula le long de mon polo. Je me dis alors, « calme-toi, tu n’en as pas de rechange ». J’ajoutai également, toujours pour moi-même : « Ne t’inquiète pas, tout le monde va être gentil avec toi. ». C’est à ce moment que je pris conscience du regard du videur. J’eus l’impression d’être une blatte, aussi déguerpis-je avec mon bracelet qui pendouillait dangereusement le long de mon bras moite.
On était plus ou moins en train de se demander quelle allait être la suite des événements quand une jeune fille portant un pull rose pétant et un blouson encore plus rose que son pull nous demanda si nous étions Folks. « Folks, c’est moi » fis-je, rétablissant la vérité historique dans un sursaut d’orgueil complètement déplacé. La fille en rose opina du chef et raya un nom sur une liste.
« Y a déjà des membres des autres groupes qui sont là. Je vais vous montrer vos loges ».
Plusieurs informations dans cette phrase. Tout d’abord il y avait plusieurs groupes amateurs comme moi (à supposer que je constitue un groupe à moi tout seul, point qui reste à éclaircir), ce qui était plutôt une bonne nouvelle vu que j’allais pouvoir faire connaissance avec d’autres musiciens. Mais j’avoue que les premiers mots qui s’imprimèrent en lettres de feu dans mon cerveau furent « Vos loges ». « NOS » loges putain ! Pas « VOTRE » loge à vous tous les pouilleux. Non ! Une loge pour chaque groupe !
On sortit du bâtiment principal sous un fourbe crachin et j’observais à la volée mes congénères. L’un d’entre eux avait les cheveux dressés à la verticale sur la tête, défiant les lois les plus élémentaires de la physique moderne. Sinon, ils avaient tous l’air plus ou moins normaux, pas forcément plus sapés que moi, ce qui me rassurait car j’avais peur de faire plouc dans mon jean trop neuf et mon polo dont les manches courtes étaient tellement serrées qu’elles réduisaient au strict minimum la circulation sanguine à partir du coude. On pénétra dans un bâtiment surveillé par deux grands et larges vigiles.
- On dirait une piscine », remarqua un musicien. Il n’avait pas tort, c’était tout carrelé de blanc et ça sentait l’eau de javel. Après avoir erré comme Thésée dans le dédale des couloirs avec Mika (la fille en rose) en guise de guide, on arriva devant nos loges. Là, le ravissement se poursuivit. Vous vous imaginiez que la production avait simplement punaisé sur la porte de ma loge une feuille A4 avec Folks imprimé dessus en typo Georgia ? Et bien vous avez raison, c’est exactement ce qu’elle avait fait mais, loin de se contenter de cela, elle avait plastifié la feuille ! Je ne sais pas pourquoi, mais plus que tout, cette plastification semblait légitimer ma place en général dans l’univers et en particulier dans le monde de la musique.
Mika ouvrit chacune des loges, la mienne en dernier. Bon je ne vais pas m’extasier pendant 107 ans mais force est de constater qu’ils avaient quand même mis à notre entière disposition une corbeille de fruits exotiques (bananes, mandarines…) et une boîte de biscuits variés. Il y avait aussi un grand écran plat accroché au mur. Pas de télécommande, mais l’attention était tout de même délicate.
- On se donne cinq minutes pour déposer les affaires et on va sur le plateau », nous informa Mika. Je m’assis sur le petit canap en simili rotin et Christine prit place dans le fauteuil en imitation osier.
- C’est super non ?
- Carrément », répondis-je. Et je le pensais. Il y avait même une coiffeuse avec des ampoules blanches entourant une glace, comme dans les films. Je n’allais sûrement pas m’en servir mais quand même, ça en jetait.
Les autres je ne sais pas, mais moi je n’ai pas besoin de cinq minutes pour poser un sac. Du coup, avec Christine, on erra un peu dans le couloir histoire de voir le nom des autres groupes. Il y en avait visiblement quatre, us included. Je regardai les noms : Mat hilde, Lolle et…mais non…dites moi que…mais enfin….what are the odds, man !!!!!!!! Mama’s Mule !!!
Bon là faut que je digresse un peu. Peut-être que le nom de Mama’s Mule ne vous dit rien (si c’est le cas c’est extrêmement mal) mais c’est un groupe qui réunit un rappeur et un multi-instrumentiste de talent, j’ai nommé Léonard. Or il se trouve que je joue dans une autre formation, Mayerling, dont le-dit Léo assurait précédemment les claviers.
- C’est pas vrai », fis-je, partagé entre la joie et la stupéfaction devant cet étrange coup de mère fortune. « Qu’est-ce qu’il fout là ? » J’ajoutai à l’attention de Christine qui se demandait les raisons du pourquoi « C’est le groupe de Léonard ! De Mayerling ! »
Du coup, je tapotai sur leur porte et quinze secondes après, cette dernière s’ouvrait, dévoilant un visage familier.
- François ? Mais qu’est-ce que tu fous là ? » fit Léo. Je lui expliquai la raison de ma présence : j’avais été sélectionné pour jouer une chanson dans les découvertes. Il me dit que lui aussi et on s’exclama en cœur que c’était quand même fou cette histoire. C’était un rien cool, on allait se marrer.
On était plus ou moins en train de se demander quelle allait être la suite des événements quand une jeune fille portant un pull rose pétant et un blouson encore plus rose que son pull nous demanda si nous étions Folks. « Folks, c’est moi » fis-je, rétablissant la vérité historique dans un sursaut d’orgueil complètement déplacé. La fille en rose opina du chef et raya un nom sur une liste.
« Y a déjà des membres des autres groupes qui sont là. Je vais vous montrer vos loges ».
Plusieurs informations dans cette phrase. Tout d’abord il y avait plusieurs groupes amateurs comme moi (à supposer que je constitue un groupe à moi tout seul, point qui reste à éclaircir), ce qui était plutôt une bonne nouvelle vu que j’allais pouvoir faire connaissance avec d’autres musiciens. Mais j’avoue que les premiers mots qui s’imprimèrent en lettres de feu dans mon cerveau furent « Vos loges ». « NOS » loges putain ! Pas « VOTRE » loge à vous tous les pouilleux. Non ! Une loge pour chaque groupe !
On sortit du bâtiment principal sous un fourbe crachin et j’observais à la volée mes congénères. L’un d’entre eux avait les cheveux dressés à la verticale sur la tête, défiant les lois les plus élémentaires de la physique moderne. Sinon, ils avaient tous l’air plus ou moins normaux, pas forcément plus sapés que moi, ce qui me rassurait car j’avais peur de faire plouc dans mon jean trop neuf et mon polo dont les manches courtes étaient tellement serrées qu’elles réduisaient au strict minimum la circulation sanguine à partir du coude. On pénétra dans un bâtiment surveillé par deux grands et larges vigiles.
- On dirait une piscine », remarqua un musicien. Il n’avait pas tort, c’était tout carrelé de blanc et ça sentait l’eau de javel. Après avoir erré comme Thésée dans le dédale des couloirs avec Mika (la fille en rose) en guise de guide, on arriva devant nos loges. Là, le ravissement se poursuivit. Vous vous imaginiez que la production avait simplement punaisé sur la porte de ma loge une feuille A4 avec Folks imprimé dessus en typo Georgia ? Et bien vous avez raison, c’est exactement ce qu’elle avait fait mais, loin de se contenter de cela, elle avait plastifié la feuille ! Je ne sais pas pourquoi, mais plus que tout, cette plastification semblait légitimer ma place en général dans l’univers et en particulier dans le monde de la musique.
Mika ouvrit chacune des loges, la mienne en dernier. Bon je ne vais pas m’extasier pendant 107 ans mais force est de constater qu’ils avaient quand même mis à notre entière disposition une corbeille de fruits exotiques (bananes, mandarines…) et une boîte de biscuits variés. Il y avait aussi un grand écran plat accroché au mur. Pas de télécommande, mais l’attention était tout de même délicate.
- On se donne cinq minutes pour déposer les affaires et on va sur le plateau », nous informa Mika. Je m’assis sur le petit canap en simili rotin et Christine prit place dans le fauteuil en imitation osier.
- C’est super non ?
- Carrément », répondis-je. Et je le pensais. Il y avait même une coiffeuse avec des ampoules blanches entourant une glace, comme dans les films. Je n’allais sûrement pas m’en servir mais quand même, ça en jetait.
Les autres je ne sais pas, mais moi je n’ai pas besoin de cinq minutes pour poser un sac. Du coup, avec Christine, on erra un peu dans le couloir histoire de voir le nom des autres groupes. Il y en avait visiblement quatre, us included. Je regardai les noms : Mat hilde, Lolle et…mais non…dites moi que…mais enfin….what are the odds, man !!!!!!!! Mama’s Mule !!!
Bon là faut que je digresse un peu. Peut-être que le nom de Mama’s Mule ne vous dit rien (si c’est le cas c’est extrêmement mal) mais c’est un groupe qui réunit un rappeur et un multi-instrumentiste de talent, j’ai nommé Léonard. Or il se trouve que je joue dans une autre formation, Mayerling, dont le-dit Léo assurait précédemment les claviers.
- C’est pas vrai », fis-je, partagé entre la joie et la stupéfaction devant cet étrange coup de mère fortune. « Qu’est-ce qu’il fout là ? » J’ajoutai à l’attention de Christine qui se demandait les raisons du pourquoi « C’est le groupe de Léonard ! De Mayerling ! »
Du coup, je tapotai sur leur porte et quinze secondes après, cette dernière s’ouvrait, dévoilant un visage familier.
- François ? Mais qu’est-ce que tu fous là ? » fit Léo. Je lui expliquai la raison de ma présence : j’avais été sélectionné pour jouer une chanson dans les découvertes. Il me dit que lui aussi et on s’exclama en cœur que c’était quand même fou cette histoire. C’était un rien cool, on allait se marrer.
mardi 24 janvier 2012
Taratata 2ème épisode ou Ecouter Slayer porte de la chapelle, une expérience
Je m’emparai de ma guitare et sortis de la chambre à pas de fenec pour ne pas réveiller l’être aimé. Toujours dans la même logique, je m’exerçai sur ma chanson en bloquant les cordes avec la main droite et en murmurant les paroles comme un fidèle assidu psalmodiant son missel dans un lieu de culte. Mais le texte me posait problème. Le mantra négatif « Ça va pas passer, ça va pas passer » ne cessait de tourner dans ma tête comme si j’étais un motocycliste sur le périph’ s’interrogeant sur le bien fondé d’une stratégie consistant à doubler un trente tonnes par la droite dans un virage particulièrement serré. Bon, aux grands maux, les grands remèdes : j’allais simplifier tout ça. Après tout j’avais déjà enlevé un couplet, on n’en était plus à ça près. De toute façon, comme me l’avait fait remarquer Jean-Charles la veille quand je lui avais fait part de ma crainte de me planter : « T’inquiète, même si tu te vautres, je doute que quelqu’un dans le public connaisse suffisamment ton œuvre pour se lever en plein morceau et te dire de recommencer. ». C’était un peu vexant mais pas totalement faux vu que même mes potes semblaient ignorer l’existence de cette chanson (« Elle est sur l’album ? Ah bon. », certains osant même s’exclamer « Un album ? Première nouvelle ! »). En répétant quatre fois la même phrase, ça limitait un peu la portée sémantique de mon message mais je me sentais plus rassuré. C’est aussi légèrement soulagé que je quittai l’appartement habillé des vêtements que j’avais acheté la veille pour l’occasion.
Porte de la chapelle 8h30. J’avais bossé non loin, en bord de périphérique, quelques années auparavant et ça ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable architecturalement parlant. Là on aurait dit la banlieue du 7ème cercle de l’enfer qui aurait été victime d’un attentat. Partout, des mecs défonçaient le sol à coup de marteau piqueur. Je demandai à un passant ce qui se tramait et il me répondit laconiquement « Travaux ». Le bruit environnant commença à me peser un peu, aussi allai-je me réfugier pour les trois-quart d’heures à venir dans l’unique rade à proximité, « Le Celtique ». Je m’installai à une table, commandai un café et plaçai sur mes oreilles mon casque audio surdimensionné qui me donnait un air de tanche. Je me dis : « François, mets un truc qui donne la pêche, qui va te mettre la rage, qui va te donner envie d’en découdre ». Bah, vous ne le croirez pas mais la seule idée qui me vint fut d’écouter « Reign in Blood », un album de Slayer que j’avais acheté sans trop savoir pourquoi quelques jours auparavant en profitant des « bonnes affaires » d’Amazon. Je n’avais jamais écouté ce groupe, je m’étais dit que c’était l’occasion. Je portai le café à mes lèvres lorsque les premières « notes » de la chanson n°1 firent vibrer mes parois crâniennes. Je me jetai sur mon lecteur pour baisser le son de manière drastique. J’en profitai pour regarder quel était le nom du morceau qui m’avait agressé de la sorte. « Angel of death ». Sympa. Je regardais le nom des autres chansons et j’avoue que les titres donnaient tous plus envie les uns que les autres : allais-je opter pour « Necrophobic », pour « Altar of Sacrifice » ou encore pour le facétieux « Postmortem » ? Finalement, après avoir shufflé entre les morceaux, je sentis l’angoisse monter et la nécessité d’opter pour quelque chose de plus, disons, modéré. Du coup je mis « Nevermind » mais, après Slayer, ça ressemblait presque à du Abba. J’enlevai mon casque en désespoir de cause et fixai mon regard pendant une bonne demi-heure sur l’écran d’une télé où défilaient les résultats du Rapido. Un moment, je regardai par terre et je remarquai que le sol était recouvert d’emballage de sucres. Un peu comme si les mecs, dégoûtés de ne pouvoir plus jeter leurs mégots indoor, se défoulaient de la sorte. Finalement, Christine arriva. Je mentis éhontément au « Pas trop stressé ? » qu’elle m’adressa puis nous nous engageâmes dans une sorte de Camel Trophy urbain pour arriver jusqu’aux studios qui se trouvent non loin loin du métro mais qui nécessitent pour y parvenir à pied de marcher sur le bord d’une bretelle d’autoroute pendant un bon moment. Ça n’était pas facile de s’y retrouver dans les allées qui serpentaient entre les bâtiments. Aussi remerciai-je intérieurement Dieu de ne pas m’avoir abandonné seul dans ce dédale, ayant naturellement le sens de l’orientation de Stevie Wonder bourré. Finalement, on arriva à une porte devant laquelle était garée moult camions. Inscrites dessus : les lettres V.I.P. Une jeune fille surveillait les entrées et nous donna un bracelet dont je mis un bon moment à comprendre le fonctionnement. Une fois que j’eus réussi à l’accrocher, je me rendis compte que j’avais vu trop large, aussi voulus-je le resserrer. C’est alors que le mec de la sécu me dit :
« On peut pas l’enlever : c’est définitif ».
Porte de la chapelle 8h30. J’avais bossé non loin, en bord de périphérique, quelques années auparavant et ça ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable architecturalement parlant. Là on aurait dit la banlieue du 7ème cercle de l’enfer qui aurait été victime d’un attentat. Partout, des mecs défonçaient le sol à coup de marteau piqueur. Je demandai à un passant ce qui se tramait et il me répondit laconiquement « Travaux ». Le bruit environnant commença à me peser un peu, aussi allai-je me réfugier pour les trois-quart d’heures à venir dans l’unique rade à proximité, « Le Celtique ». Je m’installai à une table, commandai un café et plaçai sur mes oreilles mon casque audio surdimensionné qui me donnait un air de tanche. Je me dis : « François, mets un truc qui donne la pêche, qui va te mettre la rage, qui va te donner envie d’en découdre ». Bah, vous ne le croirez pas mais la seule idée qui me vint fut d’écouter « Reign in Blood », un album de Slayer que j’avais acheté sans trop savoir pourquoi quelques jours auparavant en profitant des « bonnes affaires » d’Amazon. Je n’avais jamais écouté ce groupe, je m’étais dit que c’était l’occasion. Je portai le café à mes lèvres lorsque les premières « notes » de la chanson n°1 firent vibrer mes parois crâniennes. Je me jetai sur mon lecteur pour baisser le son de manière drastique. J’en profitai pour regarder quel était le nom du morceau qui m’avait agressé de la sorte. « Angel of death ». Sympa. Je regardais le nom des autres chansons et j’avoue que les titres donnaient tous plus envie les uns que les autres : allais-je opter pour « Necrophobic », pour « Altar of Sacrifice » ou encore pour le facétieux « Postmortem » ? Finalement, après avoir shufflé entre les morceaux, je sentis l’angoisse monter et la nécessité d’opter pour quelque chose de plus, disons, modéré. Du coup je mis « Nevermind » mais, après Slayer, ça ressemblait presque à du Abba. J’enlevai mon casque en désespoir de cause et fixai mon regard pendant une bonne demi-heure sur l’écran d’une télé où défilaient les résultats du Rapido. Un moment, je regardai par terre et je remarquai que le sol était recouvert d’emballage de sucres. Un peu comme si les mecs, dégoûtés de ne pouvoir plus jeter leurs mégots indoor, se défoulaient de la sorte. Finalement, Christine arriva. Je mentis éhontément au « Pas trop stressé ? » qu’elle m’adressa puis nous nous engageâmes dans une sorte de Camel Trophy urbain pour arriver jusqu’aux studios qui se trouvent non loin loin du métro mais qui nécessitent pour y parvenir à pied de marcher sur le bord d’une bretelle d’autoroute pendant un bon moment. Ça n’était pas facile de s’y retrouver dans les allées qui serpentaient entre les bâtiments. Aussi remerciai-je intérieurement Dieu de ne pas m’avoir abandonné seul dans ce dédale, ayant naturellement le sens de l’orientation de Stevie Wonder bourré. Finalement, on arriva à une porte devant laquelle était garée moult camions. Inscrites dessus : les lettres V.I.P. Une jeune fille surveillait les entrées et nous donna un bracelet dont je mis un bon moment à comprendre le fonctionnement. Une fois que j’eus réussi à l’accrocher, je me rendis compte que j’avais vu trop large, aussi voulus-je le resserrer. C’est alors que le mec de la sécu me dit :
« On peut pas l’enlever : c’est définitif ».
lundi 23 janvier 2012
Taratata Now ! ou Au coeur de Taratata : Episode premier
(Ne m'en voulez pas, mais nous allons procéder à un fastforward un peu brutal et quitter le studio de Jean-Paul pour nous propulser à la semaine dernière où quelque chose d'assez spécial m'est arrivé)
Bon, ça y est, je peux dire que j’ai fait Taratata. Un peu comme si j’avais fait le Vietnam. Le ‘nam pour les intimes. Petit déroulé des opérations.
Christine, ma manageuse, m’appelle mardi soir dernier :
- J’ai une bonne nouvelle.
Vu le ton de sa voix, l’info avait effectivement l’air d’être de qualité supérieure.
- Tu as été sélectionné pour jouer une chanson dans le cadre des découvertes de Taratata.
J’ai dû émettre un drôle de bruit, à mi-chemin entre la joie et l’effroi, quelque chose comme « yeurki ! ». J’étais en effet à la fois super content (des milliers de personnes voire plus allaient enfin remarquer mon exceptionnelle télégénie et s’ébaubir devant l’étendue de mon talent) et ravagé par ce que je ne saurai qualifier autrement que comme un état de profonde détresse intestinale.
- C’est super ! », développai-je quand le goût métallique de la peur commença à disparaître sur mon palais. Je m’enquis presto des conditions de mon passage.
- Nagui a choisi « To die at 27 ». Tu ne dois pas jouer plus de 2min30.
« To die at 27 ». En 2min30. OK. Même si ce choix révélait la valeur du jugement artistique de l’hôte de ces lieux, il posait quand même un certain nombre de problème :
1) La chanson était blindée d’arrangements que j’allais avoir du mal à restituer tout seul à la guitare.
2) Elle durait 4min30 dans la version d’origine. C’était un peu mon paranoid android à moi. Du coup, j’allais devoir la raboter de moitié. A part enlever les consonnes, je ne voyais pas trop comment j’allais faire.
3) Je n’avais pas joué ce p****n de morceau depuis son enregistrement il y a quasiment deux ans.
Je tentai de négocier : n’y avait-il pas la moindre possibilité de changer de chansons? Y en avait d’autres des biens ! « Electroshit », « A la maison », même une reprise d’ « On va faire tourner les serviettes » que ne savais-je !!! Je me vis opposer cette réponse qui, bien qu’énoncée par Christine, semblait édictée par le destin lui-même : « C’est Nagui qui a choisi, on ne discute pas. ».
Je raccrochai le téléphone en tremblotant, puis me dirigeai tel un figurant de Resident Evil vers l’aile ouest de notre appartement (la chambre quoi) et me saisis de ma guitare. La voir me remit du baume au cœur. Je venais de la recevoir en cadeau à Noël, ma copine, mon frère et mes parents ayant pété leur PEL pour pouvoir me l’offrir. Une Gibson J45 que j’appelais Excalibur. Magnifique, une preuve de l’existence de Dieu ou tout du moins de celle de luthiers extrêmement compétents. Je commençai à m’exercer sur la chanson dont j’avais au préalable imprimé les paroles. Etonnamment, je la jouais sans commettre aucune faute. J’étais un peu rassuré. Je me dis alors « On la refait mais condition tournage », du genre j’imagine deux cent cinquante personnes chauffées à bloc par des projecteurs de milliers de watts et des heures d’attente me regardant d’un œil mauvais du genre « Qui c’est ce mec qui retarde de deux minutes trente le passage de … (prière d’insérer le nom de votre artiste préféré) ». Bon et bien, dans ces conditions psychologiques artificielles, je ravageais le morceau, me plantant dans les paroles, m’interrompant à plusieurs reprises et tentant même une vibe totalement inappropriée à la fin de la chanson qui me faisait passer pour le fils caché de Lâam et d’Yves Duteil.
Je reposai la guitare au bout de quatre essais : mes interprétations s’étaient peu à peu améliorées mais force était de constater que je ne pouvais pas la jouer dans son intégralité sans commettre la moindre erreur. Doué d’une faculté sous-estimée par mon entourage, celle de remettre à demain ce que je peux éviter de faire le jour même, je reposai la guitare en me disant que la nuit m’apporterait talent.
Le lendemain, à peine rentré du boulot, je coupai la chanson à la hache (plus d’intro, plus de fin et un couplet en moins) et parvins à obtenir une version de deux minutes trente. Bon ça sonnait pas si mal que ça tout compte fait. Mais cette chanson semblait maudite : invariablement je commettais au moins une faute. Oh pas forcément une grosse, mais ça n’était quand même pas rassurant de ne pas être foutu d’interpréter la chose tout seul dans la quiétude de ma chambre quand le lendemain j’allais enregistrer « dans les conditions du live » dans un programme qui serait diffusé devant des centaines de milliers de personnes. « Bon on verra demain », me dis-je.
Christine m’avait donné rendez-vous à Porte de la Chapelle à 9h10 pétante, sachant qu’on devait être sur les lieux du tournage à 9h30. Comme d’ordinaire, je pris un peu de marge et me réveillai à 6h.
Bon, ça y est, je peux dire que j’ai fait Taratata. Un peu comme si j’avais fait le Vietnam. Le ‘nam pour les intimes. Petit déroulé des opérations.
Christine, ma manageuse, m’appelle mardi soir dernier :
- J’ai une bonne nouvelle.
Vu le ton de sa voix, l’info avait effectivement l’air d’être de qualité supérieure.
- Tu as été sélectionné pour jouer une chanson dans le cadre des découvertes de Taratata.
J’ai dû émettre un drôle de bruit, à mi-chemin entre la joie et l’effroi, quelque chose comme « yeurki ! ». J’étais en effet à la fois super content (des milliers de personnes voire plus allaient enfin remarquer mon exceptionnelle télégénie et s’ébaubir devant l’étendue de mon talent) et ravagé par ce que je ne saurai qualifier autrement que comme un état de profonde détresse intestinale.
- C’est super ! », développai-je quand le goût métallique de la peur commença à disparaître sur mon palais. Je m’enquis presto des conditions de mon passage.
- Nagui a choisi « To die at 27 ». Tu ne dois pas jouer plus de 2min30.
« To die at 27 ». En 2min30. OK. Même si ce choix révélait la valeur du jugement artistique de l’hôte de ces lieux, il posait quand même un certain nombre de problème :
1) La chanson était blindée d’arrangements que j’allais avoir du mal à restituer tout seul à la guitare.
2) Elle durait 4min30 dans la version d’origine. C’était un peu mon paranoid android à moi. Du coup, j’allais devoir la raboter de moitié. A part enlever les consonnes, je ne voyais pas trop comment j’allais faire.
3) Je n’avais pas joué ce p****n de morceau depuis son enregistrement il y a quasiment deux ans.
Je tentai de négocier : n’y avait-il pas la moindre possibilité de changer de chansons? Y en avait d’autres des biens ! « Electroshit », « A la maison », même une reprise d’ « On va faire tourner les serviettes » que ne savais-je !!! Je me vis opposer cette réponse qui, bien qu’énoncée par Christine, semblait édictée par le destin lui-même : « C’est Nagui qui a choisi, on ne discute pas. ».
Je raccrochai le téléphone en tremblotant, puis me dirigeai tel un figurant de Resident Evil vers l’aile ouest de notre appartement (la chambre quoi) et me saisis de ma guitare. La voir me remit du baume au cœur. Je venais de la recevoir en cadeau à Noël, ma copine, mon frère et mes parents ayant pété leur PEL pour pouvoir me l’offrir. Une Gibson J45 que j’appelais Excalibur. Magnifique, une preuve de l’existence de Dieu ou tout du moins de celle de luthiers extrêmement compétents. Je commençai à m’exercer sur la chanson dont j’avais au préalable imprimé les paroles. Etonnamment, je la jouais sans commettre aucune faute. J’étais un peu rassuré. Je me dis alors « On la refait mais condition tournage », du genre j’imagine deux cent cinquante personnes chauffées à bloc par des projecteurs de milliers de watts et des heures d’attente me regardant d’un œil mauvais du genre « Qui c’est ce mec qui retarde de deux minutes trente le passage de … (prière d’insérer le nom de votre artiste préféré) ». Bon et bien, dans ces conditions psychologiques artificielles, je ravageais le morceau, me plantant dans les paroles, m’interrompant à plusieurs reprises et tentant même une vibe totalement inappropriée à la fin de la chanson qui me faisait passer pour le fils caché de Lâam et d’Yves Duteil.
Je reposai la guitare au bout de quatre essais : mes interprétations s’étaient peu à peu améliorées mais force était de constater que je ne pouvais pas la jouer dans son intégralité sans commettre la moindre erreur. Doué d’une faculté sous-estimée par mon entourage, celle de remettre à demain ce que je peux éviter de faire le jour même, je reposai la guitare en me disant que la nuit m’apporterait talent.
Le lendemain, à peine rentré du boulot, je coupai la chanson à la hache (plus d’intro, plus de fin et un couplet en moins) et parvins à obtenir une version de deux minutes trente. Bon ça sonnait pas si mal que ça tout compte fait. Mais cette chanson semblait maudite : invariablement je commettais au moins une faute. Oh pas forcément une grosse, mais ça n’était quand même pas rassurant de ne pas être foutu d’interpréter la chose tout seul dans la quiétude de ma chambre quand le lendemain j’allais enregistrer « dans les conditions du live » dans un programme qui serait diffusé devant des centaines de milliers de personnes. « Bon on verra demain », me dis-je.
Christine m’avait donné rendez-vous à Porte de la Chapelle à 9h10 pétante, sachant qu’on devait être sur les lieux du tournage à 9h30. Comme d’ordinaire, je pris un peu de marge et me réveillai à 6h.
vendredi 13 janvier 2012
Albini Vs Gotainer : Surfer Youki
Jean-Paul portait beau avec son tee-shirt fido-dido et son jean sans poches arrière. Il nous accueillit très chaleureusement et nous proposa un café qu’il nous servit dans des bols avec des prénoms dessus en bleu genre bretonnant. J’héritai de Cécile et buvait silencieusement en observant les lieux : on se trouvait dans une cuisine pleine de bois et de carrelage qui donnait l’impression d’être au ski.
-Vous savez ce que vous voulez comme son ?
-Bah, on a ramené des disques comme tu m’avais conseillé.
-Ah bah faites voir ça », fit-il avec enthousiasme.
Je me souviens encore des albums : il y avait « Surfer Rosa » des Pixies, « In Utero » de Nirvana (Albini en force !) et « Too many days without thinking » de Swell pour le son des guitares électro-acoustiques.
-Pixies, connais pas, Nirvana, ouh c’est bruyant ça ! et…connais pas. Bon, on va aller écouter ça dans le studio.
La profondeur de son analyse du disque de Nirvana, malgré le ton enjoué sur lequel elle avait été énoncée, me donna des sueurs. Putain, Swell, u’il ne connaisse pas, pourquoi pas. Mais les Pixies ? Je tentai de me rassurer en m’accusant de snobisme : après tout, qu’est-ce que ça pouvait bien nous foutre qu’il ne connaisse pas Frank Black tant qu’il ne nous faisait pas sonner comme…Bernard Lavilliers. On retombait toujours sur le même os.
Ce qui est sûr c’est qu’il avait un bien beau studio, la table de mix me donnait l’impression d’être plongé dans un épisode de Star Trek et il y avait deux salles séparées par une vitre d’une bonne dizaine de centimètres de largeur. Partout, des instruments, surtout des guitares. Jean-Paul saisit au vol le regard langoureux que j’adressais à une électro-acoustique Gibson.
-Une J45 ! », fit-il en se frottant les mains. « Essaye-la si tu veux.
-Ah merci, c’est super sympa.
Je saisis l’instrument, grattait un accord et dans un premier temps, j’eus l’impression d’être complètement désaccordé. Cette guitare sonnait carrément plus grave que ma Takamine. Mais après vérification, non, l’accordage était correct : c’est juste qu’à côté ma propre guitare avait l’air d’un ukulélé. J’étais à la fois en extase et dégoûté de ne posséder ce joyau.
-Elle est super belle », avouai-je la mort dans l’âme.
-Ouais. Et bien tu ne vas pas le croire » fit-il avec un air triomphal « mais c’est avec elle que Richard Gotainer a enregistré la partie de guitare acoustique du « Youki ».
-Du « youki » ?
-Bah ouais ! Tu connais pas ? Attends, j’ai le vinyl.
Sous nos yeux effarés, il sorti un disque sur la pochette duquel on voyait Gotainer de dos, cul nu, marchant dans la montagne avec un bouclier massaï sur le bras.
-C’est « La planète des singles », une compil. J’ai égaré le disque original.
Il plaça la chose sur un tourne disque et nous entendîmes alors ce texte où assonances et allitérations se mêlaient pour plonger l’âme dans un profond voyage au cœur du sens :
« Il était où le gentil ti Youki/ Où il était le gentil ti toutou ? Il était où, hein, il était où ? Où il était le gentil ti Kiki ? ». Je posais la guitare sur son support, me sentant un peu souillé. A la fin de la chanson (j’avoue que j’ai un peu décroché au bout d’un moment et que je n’ai pas vraiment compris si le Youki appartenait à « son papy » ou à « sa mamie »), Adrien posa une question qui n’était pas complètement dénuée de sens :
-Y a pas de guitare acoustique sur ce morceau, si ?
Là, il aurait mieux fait de se taire car Jean-Paul le fusilla du regard genre « on va pas être pote ».
-Pas sur la version définitive. Mais il y en avait sur les prises témoins.
-Vous savez ce que vous voulez comme son ?
-Bah, on a ramené des disques comme tu m’avais conseillé.
-Ah bah faites voir ça », fit-il avec enthousiasme.
Je me souviens encore des albums : il y avait « Surfer Rosa » des Pixies, « In Utero » de Nirvana (Albini en force !) et « Too many days without thinking » de Swell pour le son des guitares électro-acoustiques.
-Pixies, connais pas, Nirvana, ouh c’est bruyant ça ! et…connais pas. Bon, on va aller écouter ça dans le studio.
La profondeur de son analyse du disque de Nirvana, malgré le ton enjoué sur lequel elle avait été énoncée, me donna des sueurs. Putain, Swell, u’il ne connaisse pas, pourquoi pas. Mais les Pixies ? Je tentai de me rassurer en m’accusant de snobisme : après tout, qu’est-ce que ça pouvait bien nous foutre qu’il ne connaisse pas Frank Black tant qu’il ne nous faisait pas sonner comme…Bernard Lavilliers. On retombait toujours sur le même os.
Ce qui est sûr c’est qu’il avait un bien beau studio, la table de mix me donnait l’impression d’être plongé dans un épisode de Star Trek et il y avait deux salles séparées par une vitre d’une bonne dizaine de centimètres de largeur. Partout, des instruments, surtout des guitares. Jean-Paul saisit au vol le regard langoureux que j’adressais à une électro-acoustique Gibson.
-Une J45 ! », fit-il en se frottant les mains. « Essaye-la si tu veux.
-Ah merci, c’est super sympa.
Je saisis l’instrument, grattait un accord et dans un premier temps, j’eus l’impression d’être complètement désaccordé. Cette guitare sonnait carrément plus grave que ma Takamine. Mais après vérification, non, l’accordage était correct : c’est juste qu’à côté ma propre guitare avait l’air d’un ukulélé. J’étais à la fois en extase et dégoûté de ne posséder ce joyau.
-Elle est super belle », avouai-je la mort dans l’âme.
-Ouais. Et bien tu ne vas pas le croire » fit-il avec un air triomphal « mais c’est avec elle que Richard Gotainer a enregistré la partie de guitare acoustique du « Youki ».
-Du « youki » ?
-Bah ouais ! Tu connais pas ? Attends, j’ai le vinyl.
Sous nos yeux effarés, il sorti un disque sur la pochette duquel on voyait Gotainer de dos, cul nu, marchant dans la montagne avec un bouclier massaï sur le bras.
-C’est « La planète des singles », une compil. J’ai égaré le disque original.
Il plaça la chose sur un tourne disque et nous entendîmes alors ce texte où assonances et allitérations se mêlaient pour plonger l’âme dans un profond voyage au cœur du sens :
« Il était où le gentil ti Youki/ Où il était le gentil ti toutou ? Il était où, hein, il était où ? Où il était le gentil ti Kiki ? ». Je posais la guitare sur son support, me sentant un peu souillé. A la fin de la chanson (j’avoue que j’ai un peu décroché au bout d’un moment et que je n’ai pas vraiment compris si le Youki appartenait à « son papy » ou à « sa mamie »), Adrien posa une question qui n’était pas complètement dénuée de sens :
-Y a pas de guitare acoustique sur ce morceau, si ?
Là, il aurait mieux fait de se taire car Jean-Paul le fusilla du regard genre « on va pas être pote ».
-Pas sur la version définitive. Mais il y en avait sur les prises témoins.
mardi 10 janvier 2012
David Hasselhoff Vs Bernard Lavilliers: l'éternelle bataille du poil et du muscle
Deux semaines plus tard on se retrouva donc chez Jean-Paul en banlieue est de Paris. Pour arriver chez lui, on avait dû se taper un bon bout du RER A jusqu’à la riante station du Parc de Saint-Maur avant de se cailler une demi heure sous un abribus qui abritait que dalle. Finalement on est monté dans le « Saint-Maur Bus » et là j’ai eu l’impression de tomber dans un vortex me ramenant tout droit quinze ans en arrière lorsqu’on prenait le car pour aller à la piscine en primaire et qu’on se battait, sans vraiment savoir pourquoi, pour avoir la place derrière le chauffeur. Il faisait moche. Je regardais les gouttes faire la course sur la vitre jusqu’à ce que Rodolphe me secoue.
-On y est.
On y était, ok. Mais restait à savoir où. Le nom de la station de bus était le bon, « square beaurepaire » un truc comme ça, ce qui témoignait de la nature assez particulière de l’humour des mecs de la voirie. Comment faire plus glauque que tous ces pavillons semblables alignés les uns à côté des autres, couleur rosée traversés de trace brunes. « La pluie », fit Adrien comme s’il avait bossé dans le bâtiment une bonne partie de sa vie.
-Bon. C’est quoi l’adresse ?
-Rue des Muguets, numéro 12 » fit Baptiste.
-Ok. T’as un plan ?
-Nan. Je voulais l’imprimer ce matin mais j’étais grave à la bourre, du coup j’ai pas pu.
-Ah », fis-je, déçu tel Hannibal de l’Agence tous risques à qui on aurait annoncé que le plan n’allait pas se dérouler sans accroc.
-Par contre, je suis con, on peut toujours appeler Jean-Paul pour qu’il nous indique le chemin. J’ai son numéro.
-Ah bah ouais, carrément.
Baptiste s’exécuta, sortant un portable surdimensionné qui aurait fait pâlir de jalousie Michael Douglas dans Wall-Street. « Me suis fait chourré le mien à Couronnes » nous expliqua-t-il pendant qu’il composait le numéro. La tonalité puis, au bout d’un moment, on entendit tous le message du répondeur de Jean-Paul vu que le téléphone de Baptiste n’était pas super bien réglé. « Salut c’est JP, je suis pas là – sûrement on the road again ! – mais laissez un message après le bip et je vous rappelle illico presto » puis la voix de Lavilliers prenait le dessus « On the road again, again ».. Putain ça faisait beaucoup : « JP », « illico presto » et le surplus de Lavilliers. La tête me tournait. Ce mec était visiblement un grand malade. Baptiste laissa un message lui demandant de le rappeler et en attendant on s’aventura un peu dans les rues pour voir si par hasard. Elles portaient toutes des noms de fleurs, ce qui était plutôt marrant vu qu’on aurait difficilement pu accorder à la commune le statut de ville fleurie. On était dans l’allée des Jacinthes quand on entendit le générique de K2000 résonner. Le portable de Baptiste.
« C’est la sonnerie par défaut, » se justifia-t-il comme si nous l’avions accusé de rendre un culte secret à David Hasselhoff.
-Jean-Paul ? Baptiste à l’appareil. Bien. Ouais bien. On est toujours sur le chemin ouais. Quoi ? « On the road again » ouais ahaha. Dis, on est descendu où tu m’as dit, « beaurepaire » ouais. Comment on fait après ?
JP lui donna les indications illico presto : prendre l’avenue des magnolias sur 100 mètres, puis tourner à la Sente des iris. La rue des muguets était la première sur la gauche.
Au numéro 12, la maison ressemblait étrangement à celle du 10 et du 14 qui semblaient elles-mêmes refléter celles du 13 et du 11. Seule petite nuance différenciatrice, le paillasson en forme de clé de sol témoignait de la présence d’un tempérament artistique dans les environs. La sonnerie fit dring, les pas de Jean-paul dans la maison poum poum, puis la clé qu’il tourna dans la serrure clic.
-Salut les amis ! Vous avez pas eu trop de mal à trouver ?
-On y est.
On y était, ok. Mais restait à savoir où. Le nom de la station de bus était le bon, « square beaurepaire » un truc comme ça, ce qui témoignait de la nature assez particulière de l’humour des mecs de la voirie. Comment faire plus glauque que tous ces pavillons semblables alignés les uns à côté des autres, couleur rosée traversés de trace brunes. « La pluie », fit Adrien comme s’il avait bossé dans le bâtiment une bonne partie de sa vie.
-Bon. C’est quoi l’adresse ?
-Rue des Muguets, numéro 12 » fit Baptiste.
-Ok. T’as un plan ?
-Nan. Je voulais l’imprimer ce matin mais j’étais grave à la bourre, du coup j’ai pas pu.
-Ah », fis-je, déçu tel Hannibal de l’Agence tous risques à qui on aurait annoncé que le plan n’allait pas se dérouler sans accroc.
-Par contre, je suis con, on peut toujours appeler Jean-Paul pour qu’il nous indique le chemin. J’ai son numéro.
-Ah bah ouais, carrément.
Baptiste s’exécuta, sortant un portable surdimensionné qui aurait fait pâlir de jalousie Michael Douglas dans Wall-Street. « Me suis fait chourré le mien à Couronnes » nous expliqua-t-il pendant qu’il composait le numéro. La tonalité puis, au bout d’un moment, on entendit tous le message du répondeur de Jean-Paul vu que le téléphone de Baptiste n’était pas super bien réglé. « Salut c’est JP, je suis pas là – sûrement on the road again ! – mais laissez un message après le bip et je vous rappelle illico presto » puis la voix de Lavilliers prenait le dessus « On the road again, again ».. Putain ça faisait beaucoup : « JP », « illico presto » et le surplus de Lavilliers. La tête me tournait. Ce mec était visiblement un grand malade. Baptiste laissa un message lui demandant de le rappeler et en attendant on s’aventura un peu dans les rues pour voir si par hasard. Elles portaient toutes des noms de fleurs, ce qui était plutôt marrant vu qu’on aurait difficilement pu accorder à la commune le statut de ville fleurie. On était dans l’allée des Jacinthes quand on entendit le générique de K2000 résonner. Le portable de Baptiste.
« C’est la sonnerie par défaut, » se justifia-t-il comme si nous l’avions accusé de rendre un culte secret à David Hasselhoff.
-Jean-Paul ? Baptiste à l’appareil. Bien. Ouais bien. On est toujours sur le chemin ouais. Quoi ? « On the road again » ouais ahaha. Dis, on est descendu où tu m’as dit, « beaurepaire » ouais. Comment on fait après ?
JP lui donna les indications illico presto : prendre l’avenue des magnolias sur 100 mètres, puis tourner à la Sente des iris. La rue des muguets était la première sur la gauche.
Au numéro 12, la maison ressemblait étrangement à celle du 10 et du 14 qui semblaient elles-mêmes refléter celles du 13 et du 11. Seule petite nuance différenciatrice, le paillasson en forme de clé de sol témoignait de la présence d’un tempérament artistique dans les environs. La sonnerie fit dring, les pas de Jean-paul dans la maison poum poum, puis la clé qu’il tourna dans la serrure clic.
-Salut les amis ! Vous avez pas eu trop de mal à trouver ?
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